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Zoya Phan

jeune héritière d'Aung San Suu Kyi, lors du Women’s forum à Deauville  _octobre 2009_

Dans les salons du Women’s forum de Deauville, sa silhouette d’adolescente contraste assez nettement avec toutes ces femmes disitnguées assez proches du portrait type de la femme d’affaires. A 28 ans, Zoya Phan ne porte ni tailleur, ni talons, ni lunettes rectangulaires. Rien qu’une sobre tunique noire. Mais un regard qui en dit long sur sa détermination et les terribles étapes de son enfance. Derrière ce visage d’ange se cache une infatigable militante pour « la paix, l’égalité et la démocratie », dans une Birmanie contrôlée par le pouvoir militaire.

À 14 ans, elle menait une adolescence normale dans la jungle, à l’est de son pays, lorsque la junte s’est mise à bombarder son village. « C’était une existence très nature, très belle, entourée de rivières, montagnes, de fleurs et de papillons. Mais en 1995, l’armée a attaqué mon village. Les bombardements étaient terribles. Nous avons dû prendre nos jambes à nos cous et nous cacher dans la jungle. On se nourrissait de ce qu’on trouvait : quelques plantes… »
Zoya a fini par trouver repli dans un camp de réfugiés en Thaïlande. « C’était comme une prison, nous avions interdiction formelle d’en sortir. » Elle y retournera plus tard, trois ans au total, après avoir dû fuir une nouvelle fois un second village dans lequel elle espérait refaire sa vie. Contrairement à beaucoup de ses concitoyennes, elle a eu la chance de pouvoir étudier trois ans à Bangkok. « Les autres n’ont pas eu cette opportunité, n’ont pas eu d’autre choix que de vivre comme des esclaves, notamment les jeunes filles qui se font attraper par la prostitution. C’est très triste. »

En 2004, elle parvient à fuir la dictature militaire de son pays jusqu’en Grande-Bretagne. C’est là, à Londres, qu’elle témoigne devant les caméras de la BBC des atrocités qu’elle a vécues. Outre-Manche, et dans d’autres pays qui se sont intéressés à son histoire, elle devient alors une nouvelle icône de la résistance birmane. La principale étant bien sûr Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991.

« Elle est pour notre peuple un modèle, un leader aujourd’hui encore très populaire. Son combat nous permet de garder foi en un état fédéral et démocratique où l’égalité serait érigée comme principe. » C’est le travail quotidien de cette jeune dissidente, qui ne cesse de faire pression au moyen de son association « Burma campaign » sur les différents gouvernements pour que ceux-ci fassent preuve de « plus de fermeté » vis-à-vis du sien. Récemment, Aung San Suu Kyi est réapparue sur la scène politique internationale. Le pouvoir de son pays lui a consenti deux entrevues avec une délégation occidentale et un représentant du gouvernement de son pays. Zoya salue cette nouvelle, pareille situation ne s’étant pas reproduite depuis 2003. Mais elle se méfie tant des effets d’annonce que du soi-disant lest lâché par la junte.
« Barak Obama semble enclin à faire peser des sanctions économiques, mais j’attends de voir quels résultats auront ses engagements. Quant au représentant du pouvoir birman qu’elle a rencontré, il n’a pas les moyens de négocier quoi que ce soit. »

Alors que des élections législatives sont prévues l’an prochain en Birmanie, Zoya Phan milite pour un signe fort de la communauté internationale. Et n’épargne pas la France, coupable selon elle de « positions un peu trop soft à cause des intérêts que le groupe Total a dans mon pays. J’aimerais que votre pays se lève pour les Droits des hommes et non pour le business » C’est l’un des messages que cette jeune femme, saluée pour son courage ce vendredi à Deauville, a laissé au cours d’une conférence au Women’s forum. Demain samedi, elle trouvera peut-être une interlocutrice de choix dans les salons du centre international. La toute nouvelle directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, est attendue à midi. Elle interviendra durant 25 minutes pour ce qui sera sa première intervention publique depuis l’officialisation de son élection hier. Parmi le petit millier de femmes qui écoutera son discours, nul doute que la jeune Zoya espérera lire dans ses propos les perspectives d’un monde meilleur. Un monde dans lequel on aurait droit de rentrer chez soi. « Tant que cette dictature est en place, c’est hélas impossible… »

Raphaël FRESNAIS.

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Ashin Kovida

"Change Will Come, No Matter What" _septembre 2009_

Le changement viendra, peu importe quand et comment !

Par: Arend Hulshof pour Amnesty International,

En tant que moine bouddhiste, il a été actif dans le domaine des droits de l’homme et de la démocratie en Birmanie. Une tâche dangereuse qui l’a fait fuir son pays en 2006. Il poursuit sa lutte depuis la Suisse. «Plus de pression est nécessaire pour se débarrasser du régime. Mais une démocratie viendra.»

Il y a deux ans, des manifestations de grande ampleur ont éclaté parmi le peuple de Birmanie. Étudiants, moines et d'autres ont manifesté contre la junte militaire qui a gouverné le pays avec une poigne de fer depuis les années soixante. Parce que les gens ont filmé les manifestations avec des téléphones mobiles, le monde entier a été témoin des événements. Le moine Ashin Kovida (né en 1973) a également suivi les événements depuis son nouveau pays, la Suisse. Neuf mois plus tôt, il avait fui la Birmanie, où il enseignait l'anglais dans un monastère. Il a régulièrement parlé de sujets comme la démocratie et les droits de l'homme avec ses élèves, ce qui est interdit par le régime. Il a aussi parlé à des étrangers. «La plupart des touristes viennent en Birmanie pour voir la « façade » que leur présente le régime ! Je voulais leur montrer ce qui était vraiment en cours, ce qui se passait vraiment.» En raison de ce comportement dissident, il était en danger et a décidé de fuir vers la Suisse. Il se lie d'amitié avec un couple suisse qui est disposé à l'aider. «Il s'est avéré que j'étais juste à temps. Deux mois après mon départ, mon monastère a été fermé par les autorités.»

«Je continue à raconter mon histoire». Durant les manifestations, il y a deux ans, Kovida a trouvé difficile de regarder et de ne pouvoir rien faire. Mais, même depuis la Suisse, il pouvait faire quelque chose. «Presque personne ne savait rien sur la situation en Birmanie. La presse m'a invité à parler et à expliquer. De cette façon, je pouvais mieux faire connaître la situation. Assez drôle, cette attention a disparu après deux mois. Comme si tout était OK à nouveau. En réalité, les choses n’ont fait que de s'aggraver. Les monastères ont été perquisitionnés, des moines ont été arrêtés et torturés. C'est pourquoi je continuerai de dire aux gens l'histoire de la Birmanie.»

Cet été, les moines birmans ont mis un ultimatum au régime. Ils attendent des excuses des généraux au sujet des crimes qu’ils ont commis avant le 2 octobre, sinon il y aura un boycott de l'aumône. Parce que les moines ne sont pas autorisés à travailler pour de l'argent, ils vivent de dons de charité. En bouddhistes du Myanmar, les gens aiment faire l'aumône aux moines, parce que c'est bon pour leur karma. Les autorités s’associent également à cet égard. Kovida trouve cela hypocrite. «Ils font tout pour impressionner les gens, en faisant semblant d'être de bons bouddhistes, ils espèrent obtenir le soutien du peuple. Dans les coulisses, ils ferment les monastères et les torturent. Il n'y a rien de bouddhiste à celà. Si l’aumône n’est plus acceptée par les moines, les autorités perdront la face, dit-il.» «Un boycott de l’aumône ferait pression sur le régime, mais ça ne suffit pas», selon Kovida. «Beaucoup plus de pressions sont nécessaires pour se débarrasser du régime, tant de l'intérieur de la Birmanie que de la communauté internationale. Albert Einstein a dit que le danger dans le monde ne vient pas des mauvaises gens, mais de ceux qui les soutiennent et les tolèrent. Le régime militaire s’effondrerait instantanément si la Russie et la Chine le voulaient. Il est bon qu’Amnesty et d’autres ONG exercent une pression sur ces pays. Je soutiens également les sanctions économiques, elles ont à peine touché le peuple birman lui-même. Plus de 90 pour cent de la population vit dans les campagnes et travaille comme agriculteur. Les sociétés birmanes avec qui la communauté internationale fait des affaires sont détenues par le régime, ce sont elles principalement qui sont touchées par des possibles boycotts.

Kovida reste optimiste sur l'avenir de la Birmanie. «Je crois que nous allons bientôt gagner. Le régime sera chassé et une démocratie viendra, avec Aung San Suu Kyi comme notre chef. Jusqu'à maintenant, nous avons besoin de rendre les gens conscients de la situation. La pression sur les autorités doit être accrue. Mais le changement viendra, peu importe quand et comment !

Amsterdam, septembre 2009 (orig. Anglais, trad française ASB /nb)

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