Chine - Inde - Myanmar
Les relations complexes qu'entretient le gouvernement du Myanmar avec la Chine et l'Inde.

Birmanie: le grand jeu stratégique
par Slate.fr - Thant Myint-U

Thant Myint-U, Ancien chercheur associé de l’Université de Cambridge, où il enseignait l’histoire. Il est l’auteur de Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia. Cet article en est une adaptation. 

Traduit par Micha Cziffra

article paru le 27 septembre 2011 - La Chine et l’Inde lorgnent les grandes richesses naturelles de la Birmanie. Cette contrée reculée de l’Asie du Sud-Est sera-t-elle enfin capable d’entrer dans le XXIe siècle et d’éviter à son peuple de faire les frais des convoitises étrangères?

uand la géographie change, les anciennes relations entre pays laissent la place à des liens nouveaux, les étrangers deviennent des voisins et des régions isolées se transforment en zones hautement stratégiques. C’est ce qui s’est produit lorsque le Canal de Suez est venu relier l’Europe à l’océan Indien ou quand les réseaux ferroviaires ont métamorphosé l’ouest américain et l’est de la Russie… A ce moment, des groupes entiers sont entrés en déclin pendant que d’autres prenaient de l’essor.

La géographie asiatique revue et corrigée

Ces prochaines années, la géographie asiatique subira des mutations fondamentales, reliant pour la première fois la Chine et l’Inde par ce qui était autrefois une frontière négligée de plus de 1.500 kilomètres, s’étendant de Calcutta au bassin du Yangtsé. Quant à la Birmanie, depuis longtemps considérée par les Occidentaux comme un régime insaisissable qui fait partie des plus sauvages s’agissant de la violation des droits humains, elle pourrait bientôt se situer à un nouveau carrefour mondial, hautement stratégique. Grâce à des projets d’infrastructures d’une ampleur colossale, un environnement qu’on aurait pu croire à jamais inhospitalier va être apprivoisé. De plus, la Birmanie et les régions environnantes, qui ont longtemps servi de barrière entre deux anciennes civilisations, sont à un grand tournant de leur histoire sur les plans démographique, environnemental et politique. Et tandis que d’anciennes frontières s’ouvrent, la carte de l’Asie se redessine. pour lire la suite cliquez ici

Face à la Chine, l'Inde courtise la junte birmane
Frédéric Bobin, New Delhi Le Monde

30 juillet 2010 - New Delhi convoite le gaz de Birmanie et veut contenir les rébellions séparatistes à la frontière avec son voisin

Fière de son titre de «plus grande démocratie du monde», l’Inde flirte sans complexes avec la junte militaire birmane. Ce paradoxe, qui n’en finit pas d’étonner et de décevoir aux Etats-Unis et en Europe, ne suscite guère de critique en Inde, où la realpolitik en diplomatie fait l’objet d’un large consensus, qu’il s’agisse de la Birmanie ou de l’Iran.

La visite indienne qu’a achevée jeudi Than Shwe, le chef du régime militaire birman, a une nouvelle fois confirmé que New Delhi appréhende sa relation avec son sulfureux voisin oriental sous un angle prioritairement stratégique. Lutte d’influence régionale avec la Chine; perspectives d’exploitation du gaz birman; coopération face aux insurrections ethniques du nord-est indien (à la frontière avec la Birmanie): les raisons pour New Delhi de dialoguer avec la junte de Naypyidaw (la capitale birmane depuis 2005) ne manquent pas. Durant ses cinq jours de tournée indienne, le général Than Shwe a été reçu avec les honneurs. La presse a couvert la visite avec compréhension au nom du réalisme. «Les engagements ou les boycottages motivés par l’idéologie tendent à être inefficaces», a jugé un éditorial du quotidien The Indian-Express.

A New Delhi, les commentateurs ne se privent pas de rappeler que l’Inde s’était naguère associée à l’ostracisme international qui avait frappé la junte birmane au lendemain de la sanglante répression du mouvement démocratique de 1988. «Il fut un temps où l’Inde était du côté des anges sur la Birmanie», écrit le chroniqueur Siddharth Varadarajan dans le quotidien The Hindu.

Jusqu’au jour, précise le journaliste, où l’Inde «a compris qu’elle perdait du terrain vis-à-vis de la Chine», le grand rival régional qui, lui, ne s’est pas embarrassé de scrupules pour s’engouffrer dans le vide ouvert par l’isolement international du régime militaire birman.

Poussée chinoise

Les Chinois sont aujourd’hui massivement présents en Birmanie, notamment dans l’exploitation de ses ressources en hydrocarbures, dans la baie du Bengale. Pékin a lourdement investi dans un projet de gazoduc et d’oléoduc voué à relier le port birman de Sitt­we à la province chinoise du Yunnan. Un raccourci continental qui permettrait aux pétroliers chinois d’éviter opportunément un détroit de Malacca jugé trop risqué en cas de crise géopolitique.

New Delhi ne peut ignorer cette poussée chinoise qui, au-delà de la Birmanie, vise l’ensemble de son voisinage (Pakistan, Népal, Bangladesh, Sri Lanka), au point d’attiser chez certains stratèges indiens le fantasme d’un futur encerclement.

Trafics transfrontaliers

Mais l’obsession chinoise n’est pas la seule motivation de New Delhi. Des préoccupations de sécurité intérieure l’animent également. Les Indiens sont confrontés à l’instabilité récurrente du nord-est du pays, qui partage 1600 km de frontière avec la Birmanie.

Maillon faible de la fédération indienne, cette région enclavée, où l’Assam hindou est flanqué de minorités tibéto-birmanes christianisées, est en proie à des rébellions séparatistes trouvant des sanctuaires hospitaliers en Birmanie. Les groupes insurgés opérant dans les Etats frontaliers du Mizoram, Manipur et Nagaland inquiètent particulièrement New Delhi en raison de leur capacité à survivre, voire à prospérer grâce à des trafics transfrontaliers.

Lors de la visite du général Than Shwe, Indiens et Birmans ont signé une série de cinq accords, dont l’un porte sur la «coopération antiterroriste». Les deux pays s’engagent, selon les termes du communiqué commun, à éviter que le territoire de chacun ne serve de base arrière à des activités «insurgées» ou «terroristes» visant l’autre partie.

L’Inde a également besoin de la Birmanie pour désenclaver économiquement cette zone frontalière récalcitrante. Difficile d’accès par l’ouest indien – un mince passage baptisé «cou du poulet» traverse l’Etat du Bengale-Occidental –, cette région du nord-est est plus aisément accessible par la Birmanie. D’où le projet d’un corridor routier qui relierait le port birman de Sittwe à l’Etat indien du Mizoram. Ce nouvel axe permettrait ainsi d’envoyer au Mizoram des biens chargés à Calcutta et débarqués à Sittwe. Les lois de la géographie imposeraient de passer plutôt par le Bangladesh, mais les relations tendues par le passé entre New Delhi et Dacca avaient convaincu les Indiens de transiter plutôt par la Birmanie.

Entre la rivalité avec la Chine et la pacification de son nord-est rebelle, New Delhi a ainsi de nombreuses raisons d’amadouer la junte birmane.

article paru dans Le Temps.ch à lire ici



Chronologie des relations Birmanie-Chine
des 60 dernières années

2 juin 2010 -  Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a commencé une visite officielle à la Birmanie, le mercredi. Le voyage du premier ministre marque le 60e anniversaire des relations diplomatiques entre la Birmanie et la Chine. Il est le premier dirigeant de haut niveau de la Chine à se rendre en Birmanie après la visite de l'ancien président Jiang Zemin en 2001.

Le journal The Irrawaddy a dressé la chronologie des relations entre les deux pays au cours des 60 dernières années.

2001—Chinese President Jiang Zemin visits Burma and signs economic and border agreements in December.

1996—Sen-Gen Than Shwe makes his first visit to China since taking over as chairman of SLORC in 1992.

1994—Burma buys two modified Jianghu-class Chinese frigates in August. Chinese Premier Li Peng visits Burma at the invitation of Snr-Gen Than Shwe in December.

1993—Burma opens a consulate in Kunming, China.

1991—Eleven Chinese-made F7 jet fighters are delivered to Burma as part of a US $1 billion arms deal between Beijing and Rangoon which also includes naval patrol boats, tanks, armored personnel carriers, light arms, anti-aircraft guns and missiles, ammunition and other military equipment.

1990—The Chinese ambassador in Rangoon visits the office of the National League for Democracy to honor the landslide victory of the party in the election. The first major shipment of arms and ammunition from China arrives in Rangoon.

1989—Lt-Gen Than Shwe, the vice chairman of State Law and Order Restoration Council, leads a delegation of 24 senior military officials to China.

1988—Border trade is officially opened between the two countries in December.

1985—China stops its financial and other support to the Burmese Communist Party.

1979—China resumes a US $63 million aid program to Burma.

1975—Gen Ne Win visits China for four days in November and reaches an agreement that there will be no "aggressive acts" between the two nations.

1971—A new trade agreement is signed giving each country most-favored nation status.

1968—China supports the Communist Party of Burma, which wages war in Burma's Shan State.

1967—Anti-Chinese demonstrations break out in Rangoon in June. The Burmese government said 50 Chinese were killed during the riots. A few days later, 1,328 Chinese are detained. The Chinese embassy in Rangoon is attacked by protestors. Beijing announces that its ambassador will not return to Rangoon. 

1965—Gen Ne Win visits China and reaffirms the 1961 treaty and five principles of peaceful coexistence.

1961—A combined force of 20,000 troops from the Chinese Peoples' Liberation Army (PLA) and 5,000 Burmese troops begin the "Mekong River Operation" to attack KMT bases north of Kengtung, Shan State. 

1960—Burma signs Sino-Burmese Friendship and Mutal Non-Agression Treaty on Jan. 28.  A boundary treaty between China and Burma is signed in Beijing on Oct. 1.

1954—The first trade agreement between the two countries is signed.

1953—Chinese Foreign Minister Zhou Enlai visits Rangoon in June. As president of the ruling Anti-Fascist People's Freedom League, U Nu visits China twice in November and December. He meets with Zhou Enlai and agrees to withdraw all its forces from the disputed border areas in Kachin State.

1950—Burma establishes diplomatic ties with China on June 8. More than 2,000 Kuomintang (KMT) forces from Yunnan cross the border to set up a base in Kengtung in eastern Shan State following the Communist victory in China.

1949—Chairman Mao Zedong proclaims the victory of the Chinese Communist party and establishes the Peoples' Republic of China on Oct. 1. Burma is the first country to recognize the Peoples' Republic of China on Dec. 17.

l'article en anglais est à lire ici

5 septembre 2009 - Depuis un peu plus de deux mois l'armée birmane s'est engagée le long de la frontière du Yunnan pour « reprendre en main » ses provinces mal contrôlées du nord et du nord-est, dominées par plusieurs « armées privées ». Lire l'analyse de QuestionChine.net

2 septembre 2009 -
Pékin a enjoint la Birmanie, qui s'est excusée pour les victimes chinoises, "de résoudre de manière appropriée ce problème interne afin de préserver la stabilité de la zone de frontière Chine-Myanmar" . lire l'analyse Le Monde.fr

29 août 2009 - Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que jusqu'à 30.000 Birmans de la région de Kokang se sont réfugiés côté chinois dans la ville de Nansan depuis le début du mois. lire l'article

28 août 2009 - Des militants appellent à l'action immédiate des États-Unis pour mettre fin aux crimes contre l'humanité pour faire arrêter les attaques sur les minorités ethniques en Birmanie, qui ont conduit à la fuite de 30.000 réfugiés Birmans ces derniers jours.
lire l'article de US Campaign for Burma (trad fr)
et pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Shan Herald (en anglais)

13 août 2009 - 10 000 Shans fuient. Le régime a effrontément commis ces crimes alors que le monde entier a le regard tourné vers le procès de Daw Aung San Suu Kyi  Lire le communiqué de presse de SWAN (trad fr)

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