pour Claude Levenson

Lundi 13 décembre 2010 - C'est avec une immense tristesse et beaucoup d'émotion que nous apprenons la disparition de Madame Claude Levenson.

Depuis de nombreuses années Madame Claude Levenson menait le combat pour la défense des droits de l’Homme au Tibet et en Birmanie. Elle était une grande amie du Dalai Lama et elle a pu encore voir la libération de son amie Aung San Suu Kyi.

L’Association Suisse-Birmanie se joint à ses amis du Tibet et présente ses sincères condoléances à Jean-Claude Buhrer, son époux, à sa famille et à tous ses amis.

Très chère Claude, nos pensées et nos prières vous accompagnent.

Claude B. Levenson, journaliste-écrivain, spécialiste des questions tibétaines et birmanes

Hommages à Claude B. Levenson du 24 Heures paru le 22 décembre 2010, à retrouver en cliquant ici

Hommage de NGUYÉN HOÀNG BAO VIÉT, membre du CODEP/WIPC PEN, Suisse Romand, paru dans le Courrier

Hommage à Claude

Texte écrit par Matthias Huber (co-fondateur de l'Association Suisse-Birmanie) à l'occasion des soirées de témoignages en Hommage à Claude

 

"En écoutant les amis qui viennent de parler de Claude, vous avez déjà compris qu'elle n’a pas été la femme d'une seule cause, même si la plupart d'entre vous l’ont probablement connue à travers son combat pour le Tibet.

Claude s'est également engagée pour la Birmanie qui, depuis bientôt cinquante ans, vit sous la coupe d'une des dictatures militaires les plus féroces et les plus surréalistes du monde. Les parallèles entre Birmanie et Tibet, sur les plans religieux ne sont pas les seuls qui viennent à l'esprit : la Chine, encore elle, est le principal soutien au régime des généraux de Rangoun. Et si la colonisation de la Birmanie n'est pas encore aussi avancée qu'au Tibet, il ne fait aucun doute que des Chinois de Chine populaire contrôlent directement – ou par l'intermédiaire d'hommes de paille – une grande partie de l'économie birmane. Plus inquiétant encore, depuis quelques années, des paysans chinois s'installent massivement dans les campagnes birmanes, reproduisant un schéma qui a déjà fait ses preuves au Tibet, avec les conséquences que l’on sait.

Claude ne s'est évidemment pas intéressée à la Birmanie sous le seul angle de ses rapports avec la Chine. Elle a éprouvé une réelle sympathie pour ce pays et ses peuples depuis son premier séjour en 1966, séjour limité alors à 24 heures.

Elle n’a pas cessé, par la suite, d’y retourner. Dès le début des années 70, pour des séjours limités alors à une semaine. Puis, en 1989, après les massacres perpétrés par l'armée et un nouveau coup d'Etat militaire, Claude et son mari ont rencontré pour la première fois l’opposante Aung San Suu Kyi, future Prix Nobel de la Paix et qui était encore pratiquement inconnue en Occident. C’est en grande partie grâce à eux, à leurs écrits, à leurs conférences et à leurs prises de position publiques que le monde francophone a pris connaissance du mouvement démocratique birman et reconnu la femme qui l’incarne.

En 1996, lors d'une des rares périodes où Aung San Suu Kyi n’a pas été détenue par les militaires, Claude a réalisé une grande interview d’elle qui a paru dans la revue Politique Internationale.

D’autres voyages ont suivi. En 2000, Claude et Jean-Claude ont publié Aung San Suu Kyi, demain la liberté, un ouvrage qui fait le point sur la situation d’alors en Birmanie et qui a été réédité à plusieurs reprises, chaque fois augmenté et actualisé. A ce jour, il demeure l'ouvrage de référence pour quiconque souhaite connaître la Birmanie réelle, loin des clichés et des articles de complaisance vantant les charmes touristiques de ce pays.

Depuis le début des années 2000, Claude et Jean-Claude sont retournés à de nombreuses reprises en Birmanie en observateurs avisés et critiques du régime militaire sur place. Des articles dans divers médias français tels que Le Monde, Libération, ou Le Nouvel Observateur en passant par des journaux suisses comme 24 Heures ou Le Temps ainsi que des radios et des télévisions ont rendu compte de la réalité dramatique de ce pays où les journalistes n’étaient et ne sont toujours pas les bienvenus.

A ce propos, Claude et Jean-Claude se sont vu refuser leur demande de visa à plusieurs reprises dès 1993, une mesure que les autorités chinoises prendront également contre eux 13 ans plus tard.

Mais ces chicaneries administratives n’ont jamais empêché Claude de témoigner et de dénoncer les exactions des militaires birmans contre leur propre peuple ainsi que le silence coupable et les compromissions de nos gouvernements face à ces mêmes militaires.

Claude manquera aux démocrates birmans, elle manquera à tous les défenseurs des droits de l’homme. Elle nous manque déjà."

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