articles et interviews dans la presse suisse

Laurence Fehlmann Rielle, Colin Archer, Claude Schauli, ont été interviewés par la presse suisse

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Libre, Aung San Suu Kyi doit se trouver un nouveau rôle

par Ivan Radja _ article paru dans LE MATIN DIMANCHE _ 14 novembre 2010

Libérée hier, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a appelé les milliers de sympathisants massés devant les grilles de sa propriété de Rangoon à «travailler à l'unisson pour l'avenir du pays». Elle doit s'exprimer plus longuement ce matin

La libération d'Aung San Suu Kyi réjouit la communauté internationale, mais les doutes subsistent sur sa marge de manoeuvre et les intentions de la junte militaire

«Nous devons travailler à l'unisson pour l'avenir du pays»: la première phrase lancée par Aung San Suu Kyi (65 ans) à la foule massée devant sa maison, hier lors de sa libération après sept années d'assignation à résidence, résume à elle seule toute l'ambiguïté de son statut. Riante, souriante, vêtue de mauve, fichant dans ses cheveux une fleur lancée par un partisan, la fille du général Aung San, héros de l'indépendance birmane, aura passé en tout 15 des 21 dernières années en résidence surveillée, et n'avait pas circulé librement depuis mai 2003. Mais qui est apparu aux grilles de la propriété? L'opposante politique, cheffe de la Ligue nationale pour la démocratie (LND)? Le Prix Nobel de la paix 1991? Une icône de la démocratie, l'égale symbolique d'un Gandhi? Une future intermédiaire entre le peuple et la junte?

Pour le journaliste suisse Claude Schauli, spécialiste de la Birmanie, «c'est un mélange de toutes ces figures, mais tout dépend des conditions qui ont accompagné sa libération. Je doute qu'elle ait accepté de ne pas rencontrer les leaders de son parti, et par conséquent de ne plus faire de politique.» Un parti, la LND, officiellement dissous avant les élections de dimanche dernier, et une leader déclarée inéligible par les militaires au pouvoir, sa marge de manoeuvre s'annonce ténue, ajoute Claude Schauli: «Elle peut imaginer une autre voie, plus symbolique. Il ne faut pas oublier qu'elle est arrivée en 1988 en Birmanie parce que sa mère était mourante, et que cela a coïncidé avec les émeutes estudiantines. Sans cette circonstance privée, elle ne serait peut-être même jamais revenue dans son pays. A la base, elle n'est pas une femme politique.»

Il n'est pas exclu que sa libération entraîne des troubles dans le pays, estime pour sa part Laurence Fehlmann Rielle, présidente de l'Association Suisse-Birmanie: «Sa seule présence va galvaniser les gens, assommés par la répression de la révolte des moines en 2007 et les récentes élections. On peut l'imaginer en médiatrice entre le pouvoir et les leaders de la LND ainsi que les minorités ethniques.»

Obligés de gérer au mieux une élection unanimement dénoncée comme étant une parodie, confrontés aux rebelles des minorités, les généraux, mués depuis une semaine en ministres civils, ont pris un risque calculé, analyse Claude Schauli. «Ils veulent donner un sentiment de normalité, quitte à prendre des risques. L'opinion du monde occidental et de l'ONU leur est égale, mais leur souci est d'établir de bonnes relations économiques avec les pays de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est, ndlr), le Japon et surtout la Chine, la Thaïlande et Singapour, avec lesquels la Birmanie a 85% de ses échanges commerciaux.»

 

Première conférence de presse
La communauté internationale se félicite de cette libération, mais reste attentive au traitement qui sera réservé à la «Dame de Rangoon». De nombreux gouvernements, français, tchèque, polonais, canadien, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon appellent également à la libération des 2100 prisonniers politiques encore emprisonnés, de même qu'Amnesty International et Human Rights Watch.

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, a salué la détermination et le courage de son «héroïne», tandis que Pékin salue la libération d'une «importante figure politique» et que Tokyo se félicite d'un «pas en avant», en espérant «d'autres mesures». En Suisse, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) «attend que Mme Aung San Suu Kyi puisse exercer librement ses droits humains et civiques, notamment en matière de liberté d'opinion».

Aung San Suu Kyi a donné rendez-vous ce matin à la foule pour une première conférence de presse.

 

L'AVIS DE L'EXPERT
Léon de Riedmatten - Président de l'ONG suisse Fairness International, joint hier à Bangkok

Vous soutenez la cause d'Aung San Suu Kyi depuis dix-sept ans, et vous avez vécu sept ans en Birmanie. Cette libération vous surprend-elle?
Je m'en réjouis, mais je dirais à ceux qui s'en étonnent que la psychologie des généraux au pouvoir est particulière. Ils sont très légalistes à leur façon. Ils l'ont donc libérée car ils n'avaient pas le choix, ça correspond à leur mode de fonctionnement. Même si tous les ingrédients sont réunis pour que surgissent des troubles, notamment le fait que les minorités ethniques se soient enfin réunies sur une même plate-forme, avec un début de guérilla. Sans parler de la composition du gouvernement.

A-t-elle pu faire des concessions?
Je ne pense pas. En 2002, j'étais avec elle trois jours avant sa libération, et elle m'avait dit préférer rester détenue plutôt que de faire la moindre concession politique. Elle est inflexible.

Aviez-vous des contacts récents avec elle?
Oui, par messagers interposés.

Quel est son état d'esprit?
C'est difficile. Elle est cloîtrée depuis sept ans, et une partie des infos qui lui parviennent est biaisée par le pouvoir. Elle doit prendre le temps de sentir le climat actuel, consulter ses partisans, avant de s'engager, comme médiatrice peut-être.

Propos recueillis par Ivan Radja  - cliquez ici pour retrouver le site de LE MATIN.ch

La démocratie reste un mirage en Birmanie
Par Luigi Jorio, swissinfo.ch

Les premières élections générales au Myanmar depuis 1990 auront lieu le 7 novembre. Pour l’association Suisse-Birmanie, ce rendez-vous avec les urnes n’a rien de démocratique et ne fera que renforcer le pouvoir de la junte militaire.

Vingt ans après les premières élections démocratiques et l’éclatante victoire du parti d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix – par la suite annulée sur ordre de la junte – la Birmanie se prépare à un nouveau scrutin.

Plus de 27 millions de citoyens devront élire les membres des deux Chambres du Parlement et des conseils régionaux birmans. Des 37 groupes politiques en lice, le parti de l’Union de solidarité et développement (Union Solidarity and Developement Party, USDP), proche des militaires, est le seul présent dans toutes les circonscriptions du pays.


Le scrutin du 7 novembre doit aussi marquer l’ultime étape de la «feuille de route vers la démocratie», établie par le régime birman. Et même si le gouvernement parle d’élection «libre et correcte», nombreux sont ceux qui estiment qu’il ne s’agit que de la énième farce mise en scène par le pouvoir en place depuis 40 ans.


«Nous n’y croyons pas le moins du monde. Cette élection est un désastre et risque seulement de consolider encore le pouvoir de l’armée», explique Colin Archer, vice-président de l’association Suisse-Birmanie, interrogé par swissinfo.ch.


«Les militaires ont simplement troqué leur uniforme contre un costume civil. Mais nous les connaissons depuis trop longtemps, ils ne s’intéressent ni à la démocratie, ni à la société civile», ajoute-t-il.

 

Nourriture contre bulletin

«La preuve de leur hypocrisie, a été faite avec la dissolution de la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), le principal parti d’opposition qui avait été fondé par Aung San Suu Kyi», poursuit Colin Archer. La «Grande dame de Rangoon», assignée à résidence, ne pourra pas être candidate, tout comme les quelque 2000 prisonniers politiques qui croupissent en prison.

Plusieurs organisations internationales et birmanes à l’étranger dénoncent les agissements de la junte et de l’USDP. Dans les villages, des votes ont été achetés en échange d’argent, de riz, d’assistance médicale ou de promesses de crédit à faible taux d’intérêt, dénonçait récemment un analyste birman dans les colonnes du quotidien dissident Irrawaddy.org. Les menaces de violence ou d’incarcération aussi seraient fréquentes.


«Ces élections ne respectent aucun critère international», souligne encore Colin Archer, en rappelant les conditions sévères imposées aux partis et aux candidats, ou encore l’interdiction de voter imposée aux moines.

 

Un quart des sièges aux militaires

«A cela s’ajoute qu’une partie des candidats est désignée par le gouvernement», regrette encore Colin Archer. De fait, conformément à la Constitution, 25% des sièges au Parlement sont réservés à des militaires. Selon les analystes, les partis ethniques, ou tout au moins ceux qui se distancient de la ligne gouvernementale, ont peu de chance de percer. Ils manquent de moyens et sont empêchés de former une plus grande coalition, qui aurait davantage de poids.

«Les ethnies se différencient entre elles par des aspects culturels, linguistiques et religieux. C’est pourquoi il est difficile pour la population de s’organiser et de développer un climat de confiance face à au système totalitaire. Je n’exclu pas que des alliances interethniques apparaissent après les élections», fait encore remarquer Colin Archer.


«Les élections de cette année, ne peuvent être comparées à celles d’il y a vingt ans. La LND sera absente, tout comme Aung San Suu Kyi. De plus, les élections de 1990 faisaient suite à la répression exercée deux années auparavant, et le régime avait besoin de montrer un autre visage. Aujourd’hui, à l’inverse, nous nous trouvons face à une tentative pour le moins biaisée de rétablir le contrôle des généraux et de passer le témoin à la nouvelle génération de militaires», souligne encore l’observateur.

 

Portes closes

Par ailleurs, l’interdiction d’entrer en Birmanie à l’occasion des élections visant la presse étrangère jette le discrédit sur l’issue du scrutin.

«Nous disposons d’une grande expérience électorale et nous n’avons pas besoin de l’apport d’experts», a fait savoir Thein Soe, président de la Commission électorale, dans un communiqué, en précisant que les diplomates et les représentants de l’Organisation des Nations Unies déjà présents au Myanmar suffiraient pour veiller au bon déroulement du scrutin.


Un avis que ne partage pas le rapporteur spécial de l’ONU pour les droits humains en Birmanie, Tomas Ojea Quintana, qui souligne que les conditions pour une élection correcte sont «réduites dans le contexte actuel». A souligner aussi que les appareils photographiques et les caméras de télévision seront bannis des bureaux de vote.


Pour la Suisse, «la décision du gouvernement birman de mettre en œuvre des élections multipartites le 7 novembre est déjà un élément positif en soi», fait remarquer Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE).


«La Confédération déplore néanmoins qu’en plus des restrictions sévères limitant la liberté d’expression, d’association et la liberté de la presse, la loi électorale récemment approuvée empêche un déroulement libre et correct de la campagne», ajoute le porte-parole.

 

Pas de revirement

«Le volet le plus intéressant de ce processus électoral pourra être observé qu’après les élections», estime le vice-président de l’association Suisse-Birmanie.

«Nous assisterons alors peut-être à un assouplissement des positions du gouvernement sur certains dossiers. Ou peut-être que le régime tentera d’instaurer un contact avec certains groupes ethniques encore en lice. Mais je doute qu’un changement radical surviendra», conclut-il.

Luigi Jorio, swissinfo.ch

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émissions Radio

Laurence Fehlmann Rielle, présidente de l'ASB, interviewée par diverses radios

à écouter ci-dessous 


Radio Cité Genève_12 novembre 2010
Laurence Fehlmann Rielle, présidente de l'ASB parle juste avant la libération d'Aung San Suu Kyi
Radio Cité Genève_12 novembre 2010
Laurence Fehlmann Rielle, présidente de l'ASB parle juste avant la libération d'Aung San Suu Kyi
Radio Cité Genève_15 novembre 2010
Aung San Suu Kyi enfin libre, interview de Laurence Fehlmann Rielle, présidente de l'ASB
Lausanne FM, le 5 novembre 2010, par Romain Felley à 13:00
les élections en Birmanie, interview de Laurence Fehlmann Rielle
Lausanne FM, le 5 novembre 2010, par Guillaume Clément à 17:30
les élections en Birmanie, interview de Laurence Fehlmann Rielle
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