Les compagnies pétrolière Total (France), Chevron (Etats-Unis) et PTT Exploration & Production (PTTEP-Thaïlande) ont échoué à faire cesser les violations des droits de l'homme subies par la population locale, violations directement liées au projet d'extraction de gaz naturel en Birmanie (Myanmar). Ces entreprises, qui portent leur part de responsabilité dans cette affaire, risquent d'avoir à répondre de leurs actions devant la justice. De plus, les milliards de dollars de revenus versés par ces compagnies étrangères permettent le financement d'un régime qui a récemment entrepris de se doter d'un arsenal nucléaire offensif. Total et consorts s'opposent toujours au principe de trnasparence concernant leurs transactions financières avec la junte, en dépit des multiples appels en ce sens des communautés birmane et internationale. Il est encore temps pour les entreprises étrangères d'adopter une philosophie plus digne, à l'heure où le régime s'apprête à organiser des élections qui se tiendront courant 2010 et dont le processusx est largement dénoncé comme étant injuste...
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©Le Temps 6 juillet 2010
Total et BNP Paribas accusés de «complicité» avec la junte, par Arnaud Vaulerin
L’ONG américano-thaïlandaise EarthRights International publie un nouveau rapport qui met en cause le groupe pétrolier et la banque.
Les nouvelles accusations portées à l’encontre de Total par EarthRights International (ERI) sont sévères. Dans un rapport publié lundi à Paris, l’ONG américano-thaïlandaise avance que le groupe pétrolier français et ses partenaires Chevron (américain) et PTTEP (thaïlandais) se rendent «complices d’assassinats ciblés et de travail forcé» en Birmanie. ERI écrit que le gisement gazier de Yadana dans le sud du pays constitue la «principale source de revenus d’une dictature militaire notoirement répressive».
«Eliminations ciblées»
Ces accusations ne sont pas nouvelles. ERI les avait déjà étayées l’année dernière. Mais dix mois plus tard, l’ONG fait état de nouveaux cas d’«éliminations ciblées» dans le village d’Ahlersakan. Elles auraient été commanditées par «l’officier Balay (aka) Nyi Nyi Soe du bataillon 282 spécialement chargé de la sécurité du personnel des compagnies pétrolières et du gazoduc», écrit ERI. L’ONG affirme qu’«entre fin 2009 et début 2010», des soldats en nombre ont réquisitionné des habitants pour «porter des charges, servir de guide dans la jungle, creuser des tranchées, dans les villages de Zinba, Kaleingaung, Michaunglaung, etc.» Il semble même que Total ait été informé d’au moins un cas de travail forcé, avant de compenser les villageois.
L’autre partie du rapport concerne la rente encaissée par le régime. ERI affine ses chiffres. Entre 1998 et 2009, les compagnies pétrolières auraient généré 9,031 milliards de dollars (7,2 milliards d’euros). Sur cette somme, 1,679 milliard de dollars (1,33 milliard d’euros) auraient payé «les coûts de développement et de fonctionnement». La junte aurait empoché 4,599 milliards de dollars (3,65 milliards d’euros).
L’année dernière, ERI écrivait que cette manne détournée par les généraux était «localisée dans deux banques offshore à Singapour, réputées pour abriter des fonds des gouvernements de la région et des diasporas»: la Overseas Chinese Banking Corporation et le DBS Group.
Hier, Matthew Smith, le consultant de ERI, a également mis en cause la banque française BNP Paribas qui serait «l’agent payeur de Total pour ses projets en Birmanie». Selon des «informations de septembre 2003», BNP Paribas intervient dans le «projet à travers BNP Paribas Jersey trust, basé dans les îles anglo-normandes. Et de hauts responsables de la junte possèdent des comptes à la branche de Singapour de BNP Paribas», assure Matthew Smith. La banque française nous a précisé qu’elle «n’était plus agent payeur de Total depuis 2008».
Le groupe pétrolier s’est dit, lui, «scandalisé par ces accusations et ces allégations qui reposent sur des amalgames, des interprétations tendancieuses et une vision déconnectée de la réalité birmane, nous a affirmé Jean-François Lassalle, directeur des relations extérieures. Total œuvre pour un respect des droits de l’homme et pour une meilleure gouvernance». Le groupe «milite pour une plus grande transparence des revenus dans le respect des lois locales».