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La Democratic Voice of Burma fait face à une répression féroce
Une centaine de journalistes birmans collaborent à la chaîne radio-tv clandestine. En cas d’arrestation, ils se font condamner à de lourdes peines et subissent les pires sévices.
« Actuellement, six de nos journalistes croupissent dans les sordides geôles birmanes. Ils ont été condamnés à des peines allant de 3 à 62 ans pour avoir filmé la révolte des moines de 2007 et l’incurie des militaires après le cyclone Nargis en 2008, explique Taw Zaw Latt, ils subissent d’effroyables tortures pour leur soutirer des informations mais ils ne lâchent rien, d’autant plus que nous sommes organisés en petits réseaux, comme les résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. A l’intérieur du pays, nos journalistes ne se connaissent pas et c’est incontestablement l’une de nos forces ». Taw Zaw Latt, est directeur du bureau thaï de la Democratic Voice of Burma (DVB), une chaîne radio-tv clandestine créée en Norvège par des exilés proches d’Aung San Suu Kyi.
Bien que très préoccupé par le sort des quelque cent collaborateurs travaillant à l’intérieur du pays, Taw Zaw Latt est fier que sa chaîne ait été nominée pour le Prix Nobel de la Paix 2010, finalement attribué au militant chinois Liu Xiaobo : « Pour nos reporters, c’est un immense encouragement surtout en cette période électorale. » Dans un pays où, pour des raisons financières et de censure, les internautes sont peu nombreux (350’000 pour une population de 55 millions), la DVB fait peur au pouvoir. Avec dix millions de téléspectateurs et auditeurs par jour, la chaîne clandestine est devenue la première source d’information libre pour les Birmans. « Durant la période préélectorale ces derniers mois, il nous a été particulièrement difficile d’approcher les leaders des partis démocratiques constamment surveillés par les services secrets, poursuit Taw Zaw Latt, après les élections du 7 novembre, nous nous attendons à vivre d’importants conflits politiques et sociaux. Nous devrons donc, malgré l’omniprésence policière, assurer une information de qualité. La direction générale basée en Norvège et moi-même ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir à nos journalistes le maximum de sécurité. »
A l’intérieur du pays, la DVB touche de plus en plus des publics de tous horizons. Et même dans les cafés des principales villes, il n’est pas rare de voir des militaires regarder ses émissions ! « Nos quatre heures de programmes quotidiens diffusés en boucle proposent également du divertissement, des sujets culturels et des émissions pour jeunes, explique mon interlocuteur, dans un pays étouffé par la censure depuis près de 50 ans, la population est avide de connaissances, d’informations et de débats dans les domaines les plus divers. »
En Norvège et en Thaïlande, une cinquantaine de collaborateurs récoltent le matériel brut tourné en Birmanie. Le montage se fait en Thaïlande, les sujets sont ensuite envoyés en Norvège d’où ils sont diffusés. « Ce fonctionnement est compliqué mais le gouvernement thaï a conclu un accord avec la junte birmane et nous empêche d’émettre à partir de la Thaïlande, conclut Taw Zaw Latt, d’immenses intérêts économiques motivent cette interdiction. »
Claude Schauli, Secrétaire général RSF Suisse
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