article paru dans le Temps.ch _ 24 février 2010
La manifestation genevoise, qui tient sa huitième édition, continue d’agir en contrepoids du Conseil des droits de l’homme. Débats sur des thématiques d’actualité: l’Islam en Europe, les valeurs véhiculées par la Chine, nouvelle puissance économique et politique, l’Iran, la Russie, l’Irak
Une voix libre hors des usages diplomatiques et des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme (CDH). Pour sa 8e édition qui se déroule du 5 au 14 mars au Grütli à Genève, le Festival du film et forum international sur les droits humains entend plus que jamais donner la parole aux réalisateurs, aux défenseurs des droits de l’homme et aux victimes de violations de ces mêmes droits pour réaffirmer ce qu’il considère comme un acquis: les principes fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Codirecteur du festival avec Yaël Reinharz Hazan, Leo Kaneman juge urgent de dénoncer les dérives du CDH fondé en 2006 pour succéder à la Commission du même nom. Il fustige la logique des «blocs régionaux» qui permet d’affranchir la Chine de toute responsabilité et de faire passer une résolution contre la diffamation des religions qui constitue une «atteinte grave à une liberté d’expression si durement acquise».
La victime face au bourreau
Le FIFDH, on l’aura compris, se veut critique, sans pour autant tomber dans le manichéisme. Leo Kaneman pense toujours que «le Conseil des droits de l’homme est une institution indispensable, mais qu’il ne faudrait pas qu’il se décrédibilise davantage». Cette 8e édition est dédiée à Dhondup Wangchen, un réalisateur tibétain enfermé en Chine pour avoir pratiqué du «journalisme illégal» et condamné en décembre dernier à 6 ans de prison par Pékin. Avant d’être emprisonné, il réalisa un film, Leaving Fear Behind qu’il réussit à envoyer secrètement en Suisse où son cousin se chargea de le monter. Pour Yaël Reinharz Hazan, le festival, c’est aussi une réponse aux Etats qui musellent toujours plus les réalisateurs.
Comme chaque année, le festival reste ancré dans la réalité en abordant les thèmes les plus sensibles du moment: l’islam en Europe en est un. Dans plusieurs pays européens de tradition chrétienne, il est devenu la seconde religion. Il s’inscrit dans un processus d’assimilation qui s’accompagne toutefois de peurs et de rejets. La votation sur l’interdiction des minarets en Suisse en fut un exemple. La Chine, puissance économique et désormais politique interroge aussi par rapport à sa volonté implicite d’imposer une nouvelle grille de valeurs. L’Iran et les secousses qu’a provoquées la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad sont aussi à l’ordre du jour avec un film sur le mouvement vert d’opposition, Green Days, réalisé par Hana Makhmalbaf. Un documentaire inédit, L’important, c’est de rester vivant, au cœur de la folie khmère rouge, met face à face le bourreau, Khieu Samphan et sa victime, Roshane Saidnattar. La réalisatrice Mathilde Damoisel s’intéresse, elle, aux politiques fumeuses des «théoriciens du contrôle des naissances» au Pérou, où plus de 330 000 femmes et près de 30 000 hommes ont été stérilisés de force. Sont aussi au menu la Russie, l’Irak et les questions liées à l’homosexualité.
Le FIFDH, c’est aussi une belle brochette de personnalités dont la haut-commissaire aux droits de l’homme Navi Pillay, le sénateur français Robert Badinter, Manfred Nowak ou encore Coline Serreau.
Le programme: www.fifdh.org