Localisation de l'Etat Kayah
en rouge à l'intérieur de la Birmanie

Les Karennis
appelés aujourd'hui "Kayahs"
L’État Kayah est souvent appelé État Karenni. À l’origine il y avait six États Karennis, dont 3 qui, à l’instar des États Shans, restèrent indépendants de la Birmanie britannique. Un traité fut signé en ce sens en 1875 entre les Britanniques et le roi Mindon. Ces 3 états Karennis conservèrent leur indépendance jusqu’en 1947. Ils furent alors regroupés en un seul état, et devinrent membres de l’Union birmane, avec la possibilité inscrite dans la constitution de 1947 de faire sécession et de se constituer en état de droit au terme de dix ans.

Mais en août 1948, les troupes birmanes envahirent l’état et assassinèrent U Be Htu Ree, leader karenni favorable à une indépendance complète et chef du gouvernement de résistance karenni (KRG). En 1952, l’ancien État Shan de Mong Pai, dans lequel vivent des communautés Padaung (Kayan) fut ajouté à l’État Karenni et l’ensemble renommé État Kayah. La situation changea à nouveau au début des années 60, quand l’État de Mong Pai fut de nouveau rattaché à l’État Shan : finalement l'État Kayah actuel est l'État Karenni de 1948 et correspond aux trois États Karennis de 1875.

En 1957, le KRG (groupe de résistance karenni) est refondé par les partisans de l’indépendance karenni et donne naissance au KNPP-Parti Progressiste National Karenni. Ils s’opposent au KNLP-Kayan New Land Party et surtout au KNPLF-Karenni National People’s Liberation Front, groupe dissident ayant fait scission en 1978, tous deux aujourd’hui alliés à la junte birmane. Des cessez-le-feu ont été signés par ces deux derniers groupes en 1994. Le KNPP a également signé un cessez-le-feu en 1995, mais il est considéré comme caduc depuis plusieurs années en raison de la reprise du conflit entre ce groupe et l'armée birmane.

Si de 1948 à 1961, de violents conflits ont opposé l’armée birmane aux indépendantistes Karennis, l’installation de bases militaires permanentes de l’armée birmane coïncide avec l’implantation de la première grande centrale hydroélectrique de Birmanie, à Lawpita. Des promesses de développement, d’électricité et d’irrigation sont faites aux karenni, mais elles ne se concrétiseront jamais pour la population. Au contraire, le peuple karenni subit la montée des eaux de la rivière Balu sur laquelle le barrage de Mobye, alimentant la centrale, a été construit. Environ 8’000 villageois (majoritairement des Kayan) sont déplacés sans compensation. Restrictions d’usage de l’eau, interdiction de pompage, lâchers d’eau destructeurs et inondations non saisonnières viennent endommager le travail des fermiers. L’implantation de la centrale et des baraquements destinés aux ouvriers (venus du centre de la Birmanie et privant les Karennis de travail) ainsi que l’installation de nouvelles bases militaires pour sécuriser la zone de Lawpita, entraînent le déplacement de nouveaux villageois. Acheminant l’électricité vers Rangoon ou Mandalay, les pylônes haute tension deviennent la cible du KNPP. L’armée birmane répond en plantant des mines autour des pylônes. En 1990, environ 18'000 mines antipersonnelles ont été plantées pour sécuriser la zone de la centrale. L’armée a confié l’entretien des zones minées aux villageois des environs, entraînant ainsi de nombreuses morts et blessures au sein de la population civile.

Parallèlement au développement de la centrale de Lawpita, l’armée applique sa politique des "4 coupes" à l’encontre du KNPP (Il s’agit de les couper des fonds, des approvisionnements, des informations et des recrues dont peuvent leur fournir les villageois) en détruisant en 1974 et 1975 24 villages des bords de la Salween et de la Paï. Dans les années 1980, les combats s’intensifient autour de la Salween, alors que dans les années 1990, les Karennis continuent d’être relocalisés de force.

Après le cessez-le-feu de 1995, l’année 1996 marque une nouvelle offensive de l’armée birmane dans sa volonté de contrôler l’État Kayah. 212 villages, suspectés de soutenir le KNPP, sont déplacés intérieurement. Sur ces 212 villages relocalisés, 96 étaient situés sur les rives de la Salween et de la Pawn, son affluent. La Salween, fleuve sacré des Karennis qui traverse l’État Kayah du nord au sud, a ainsi été nettoyée de la majeure partie de ses villages. Et la construction du barrage de Weygyi, en aval du fleuve sur la frontière Thaïlande/Birmanie, prive définitivement les Karennis d’un éventuel retour sur leurs terres une fois qu’elles seront submergées.


Les Karennis
quelques liens utiles pour en savoir plus :

 Les Kayah dans l'État Karenni

Karenni Development Research Group Burma Rivers Network 

Salween Watch

TBBC-Thailand Burma Border Consortium, octobre 2008, "Déplacements internes de population et droit international dans l'Est de la Birmanie"  document à consulter ici au format pdf 1.8 Mo  document à consulter ici format pdf 1.8 Mo

ainsi que des dossiers à consulter par Online Burma Library


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