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BIRMANIE
soi-disant programme nucléaire
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©Dictature fermée : Ambition nucléaire en Birmanie, par Stéphane BENOÎT_13 juillet 2010
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Deux compagnies pétrolières, la Française Total et l’Américaine Chevron, présentes en Birmanie, ont été accusées par l’ONG américaine Earth Rights International (ERI) de favoriser, grâce aux revenus du gaz, les ambitions nucléaires militaires de la junte birmane.
La Birmanie, ou plutôt Myanmar, est soupçonnée, depuis une année, de se livrer à des assassinats ciblés, ce dont les deux sociétés pétrolières Total et Chevron sont accusées d’être complices. Mais comment, en tout premier lieu, a-t-il été établi que Myanmar, Etat peu industrialisé et fragilisé par les sanctions économiques de la communauté internationale, possède l’arsenal nucléaire ?
Sur quoi se fonde Earth Rights International pour ternir la réputation de Total et Chevron ? Bien que faisant partie de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique), la Birmanie est considérée par les organisations internationales des droits de l’homme comme un pays où règne un régime totalitaire : le travail forcé y est une pratique courante, la liberté de la presse ainsi que les droits de l’homme sont bafoués. La séparation des pouvoirs n’existe pas car le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant de l’exécutif.
Selon Christian Caryl, repris sur le site slate.fr, un récent documentaire réalisé par la Democratic Voice of Burma (DVB), organisation non gouvernementale (ONG) basée à Oslo, établit comment les généraux au pouvoir ont investi des sommes importantes dans un programme de développement d’armes de destruction massive. Le documentaire, diffusé au début du mois de juin sur la version anglophone d’Al Jazeera, met en exergue l’utilisation font les autorités birmanes des profits de la vente de leurs ressources naturelles pour acheter des équipements sophistiqués et s’impliquer dans la formation d’ingénieurs birmans à l’étranger, notamment dans l’ex-URSS.
Les reporters de la DVB avaient entendu parler des nombreux projets infrastructuraux militaires (centres de commande souterrains et système souterrain de Communication par fibre optique) mais leurs soupçons n’étaient pas étayés par des preuves tangibles. Armés de patience, ils ont envoyé un message par satellite en Birmanie pour demander à ceux qui pouvaient leur en fournir, de se faire connaître. En février dernier, leurs efforts ont été récompensés : un ancien commandant de l’armée, Sai Thein Win, qui s’était réfugié en Thaïlande, emportant dans sa fuite des photos d’équipement, de maquettes, de prototypes, de plans, de dessins et autres documents classifiés, leur a fait part de ce qu’il savait de l’usine de défense dont il avait auparavant eu la direction. Ayant reçu une formation en ingénierie en Russie durant cinq ans, il a raconté comment des machines outils allemandes ont permis, à ses collègues et lui, de fabriquer des parties de roquettes. Il leur a aussi montré des photographies d’une autre installation où se trouvait l’équipement devant servir à l’enrichissement de l’uranium. Les témoignages d’autres hauts gradés de l’armée birmane et les nombreux documents montrés dans ce documentaire «permettent d’affirmer pour la première fois que les généraux tentent de fabriquer des missiles et d’enrichir de l’uranium», dit Bertil Lintner, spécialiste de la politique birmane.
C’est à l’usine de Myaing, cachée dans la jungle montagneuse, que serait envisagée la construction de missiles de longue portée. Plus au nord, dans le village de Thabeikkyin, se trouverait aussi le quartier général d’un bataillon nucléaire où le régime birman souhaiterait créer un réacteur et procéder à l’enrichissement de l’uranium. Robert Kelley, ancien inspecteur et directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), estime, au vu des témoignages et documents transmis par le lieutenant Sai Thein Win, que la Birmanie «est bel et bien engagée dans un programme d’armement nucléaire». Cependant, selon lui, «elle est loin de pouvoir se doter de la bombe atomique». La seule technique d’enrichissement que les Birmans semblent maîtriser pour le moment est la séparation isotopique par laser : beaucoup de pays y ont eu recours mais l’ont laissée tomber à cause de sa complexité. Néanmoins, les raisons de s’inquiéter demeurent : la junte reçoit beaucoup d’argent. Il est question ici du financement du programme d’armes de destruction massive grâce aux revenus du gaz naturel.
«Les généraux se sont lancés dans le nucléaire dès qu’ils ont eu l’argent de Yadana», déclare Aung Lynn Thut, ancien officier du ministère de la Guerre. Yadana, qui signifie «trésor» en birman, est le gisement gazier dont le groupe pétrolier français Total est l’opérateur principal. Cela a permis au régime d’avoir, entre 2000, début de l’exploitation du site, et 2008, 4,599 milliards de dollars. Ce champ gazier qui se trouve dans le Sud de la Birmanie, est détenu à 31% par Total, 28% par Chevron, 25% par la société thaïlandaise PTTEP et 15% par l’entreprise birmane MOGE.
De ces 4,599 milliards, «915 millions []]ont été payés] en nature sous forme de gaz naturel à usage local, le reste ayant été versé en liquide», martèle Earth Rights International dans un rapport soumis dans la capitale française le 5 juillet. L’ONG américaine estime que la communauté internationale doit se concentrer sur les revenus gaziers des généraux birmans et suggère «des restrictions de l’accès du régime aux marchés internationaux des capitaux et le gel des avoirs concernés». Total et Chevron sont aussi accusés par ERI, dans leurs pays respectifs, au sujet d’assassinats ciblés entrepris par les soldats du régime qui voulaient assurer la sécurité des installations gazières.
La banque française BNP Paribas est également dans le collimateur de l’ONG. Selon des informations datant de 2003, elle est impliquée dans le projet à travers BNP Paribas Jersey «implantée dans les îles anglo-normandes et utilisée comme agent payeur par Total».
De même, de hauts responsables birmans ont des comptes à la BNP Paribas basée à Singapour, a affirmé Matthew Smith, responsable d’ERI, au cours d’une conférence de presse à Paris. Dans les années à venir, les ventes de gaz naturel aux Chinois pourraient ramener d’autres milliards aux généraux de la junte birmane. Et cela durera tant que les militaires birmans croiront, comme le déclare Bertil Lintner, «qu’ils ont besoin d’une arme de dissuasion puissante pour rester en place, pour se défendre du monde extérieur autant que de leur propre population». Remarque peu rassurante malgré la promesse qu’a faite la junte à la population de tenir des élections législatives, avant la fi n de l’année. Les premières depuis celles gagnées, en 1990, par la Ligue nationale pour la démocratie de l’opposante Aug San Suu Kyi.
Stéphane BENOÎT
Histoire et politique
La Birmanie a acquis son indépendance, au XXe siècle, le 4 janvier 1948. Une large part du pays était passée aux mains des Britanniques, au XIXe siècle, après la première guerre anglo birmane (1824-1826), cela après une longue histoire d’influence régionale. Elle remonte au 3e millénaire avant Jésus-Christ commençant avec la civilisation des Môns et impliquant aussi les peuples des Etats voisins, sur les territoires actuels de la République populaire de Chine, de l’Inde et du Bangladesh, du Laos et de la Thaïlande. Entre 1886 et 1937, incorporée à l’Inde britannique, la Birmanie sera administrée comme une province du Raj. Le pays sera mis sur la voie menant à l’indépendance, après la fi n de la Seconde Guerre mondiale, sous la conduite du général Aung San, ce dernier mourant peu avant l’indépendance. Contrairement à l’Inde, la Birmanie, à son indépendance, quitte le Commonwealth le Premier ministre U Nu instaure néanmoins une démocratie parlementaire. Le général Ne Win fait un coup d’Etat en 1962. Il dirige le pays pendant 26 ans. Il introduit des réformes socialistes brutales, se situant dans le mouvement des non-alignés. En 1988, grâce à un important mouvement de protestation populaire, un groupe de généraux renverse Ne Win en septembre et établit une nouvelle junte militaire, le Conseil d’Etat pour la restauration de la Loi et de l’Ordre. En 1990, des élections libres sont remportées par une écrasante majorité par la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi, fille d’Aung San et futur prix Nobel de la paix (1991). Les élections sont annulées et Aung San Suu Kyi assignée à résidence depuis ce jour. Ayant réussi en 2004 à évincer leur rival Khin Nyunt, chef des services de renseignement des armées, le président Than Shwe et Maung Aye, chef des armées, se partagent aujourd’hui le pouvoir.
Le 7 novembre 2005, la capitale est transférée de Rangoon à Naypyidaw, ville «plus sûre» dans le centre du pays. En dépit d’un mouvement national de protestation – réprimé par l’armée, occasionnant des centaines de morts – qui a eu lieu en août et septembre 2007, pour dénoncer l’augmentation massive des prix des carburants et des transports en commun, et de la catastrophe provoquée par le cyclone Nargis en mai 2008 (100 000 morts et un million de sinistrés), la junte s’accroche au pouvoir.
Les visées nucléaires birmanes démasquées
Arnaud Vaulerin
©LE TEMPS.ch, 7 juin 2010 - La junte birmane est engagée dans un programme d’armement nucléaire, avec notamment le soutien de la Corée du Nord. Un document récent le laisse entendre, même si il ne comporte pas de preuve
Au terme de cinq ans d’enquête, le groupe de presse Democratic Voice of Burma (DVB, en exil en Norvège) vient de diffuser un documentaire qui révèle comment les généraux birmans tentent de fabriquer des missiles et d’enrichir de l’uranium.
Les allégations autour du nucléaire militaire birman ne sont pas récentes. Mais ces dernières informations, nombreuses et précises, renforcent les soupçons sur les intentions cachées de la junte. DVB a rencontré plusieurs officiers déserteurs de l’armée. L’un d’eux, le major Sai Thein Win, était ingénieur militaire et expert en missile, avant sa défection avec des centaines de documents secrets. Formé en Russie, Sai Thein Win est retourné en Birmanie pour travailler dans des usines secrètes, notamment à Myaing, près de la ville de Mandalay. Selon ses dires, cette base serait utilisée pour mettre au point des missiles. Dans le nord du pays, près de Thabeikkyin, un autre lieu caché abriterait le quartier général d’un bataillon nucléaire. Là, le régime entreprendrait la construction d’un réacteur et l’enrichissement d’uranium.
Aucune preuve
Les experts en armement qui ont vu le documentaire s’accordent à dire que le film ne fournit aucune preuve sur l’existence d’un programme nucléaire. «Sai Thein Win me rappelle Mordecai Vanunu [ndlr: le technicien qui a révélé les programmes d’armement nucléaire d’Israël en 1986]. Il fournit le même type d’information, analyse toutefois Robert Kelley, ex-responsable de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA). Ces informations sont convaincantes. La Birmanie essaye de construire les pièces d’un programme nucléaire […] uniquement utile pour des armes.»
Le documentaire évoque également les activités de la Corée du Nord en Birmanie. Pyongyang, qui a déjà fourni son savoir-faire et ses techniciens pour bâtir un immense réseau de tunnels souterrains, pourrait également apporter son soutien à un programme de missiles balistiques. Fin mai, un rapport confidentiel de l’ONU s’inquiétait d’ailleurs des «activités suspectes en Birmanie» de la Corée du Nord. Les experts indiquaient que le régime nord-coréen tentait d’exporter sa technologie balistique et nucléaire, notamment pour échapper aux sanctions des Nations unies.
Signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, la Birmanie n’a en revanche jamais ratifié le protocole additionnel de l’AIEA. En le faisant, elle devrait déclarer qu’elle ne possède pas d’installations nucléaires.
vers le site de DVB-Democratic Voice of Burma, cliquez ici
et sur YouTube, visionnez le reportage d'Al Jazeera - "Myanmar's military ambitions", en cliquant ici du 5 juin 2010
Nouveaux soupçons sur un programme nucléaire entre Rangoun et Pyongyang
(AFP)
©LE TEMPS.ch, 3 juin 2010 - Le spectre d'une coopération nucléaire entre la junte birmane et la Corée du Nord a été de nouveau brandi jeudi par un sénateur américain, qui a annulé à la dernière minute une visite en Birmanie et demandé des "clarifications" sur ce dossier brûlant.
De possibles liens secrets entre les militaires birmans et le régime totalitaire de Pyongyang sur un programme nucléaire inquiètent Washington depuis plusieurs mois, alors que l'administration Obama a engagé un dialogue avec la junte.
Jim Webb, sénateur démocrate opposé aux sanctions contre la Birmanie et qui était attendu dans la soirée à Rangoun, a indiqué disposer de nouveaux éléments sur ce dossier.
"Des informations de presse publiées aujourd'hui (jeudi) contiennent de nouvelles allégations sur la possibilité que le gouvernement birman travaille conjointement avec la Corée du Nord pour développer un programme nucléaire", a-t-il expliqué.
"Jusqu'à ce qu'il y ait une clarification sur ce sujet, j'estime qu'il serait peu sage et potentiellement contre-productif de se rendre en Birmanie", a-t-il ajouté.
Le sénateur a expliqué à des journalistes à Bangkok que la chaîne de télévision Al-Jazira s'apprêtait à diffuser vendredi un documentaire sur cette question. Un officier de l'armée birmane ayant fait défection y affirme disposer de "centaines de dossiers" révélant les ambitions de la junte.
En juillet 2009, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait exprimé ses inquiétudes sur un possible "transfert de technologie nucléaire" de Corée du Nord vers la Birmanie.
Un quotidien australien avait un mois plus tard cité des opposants en exil, selon lesquels Pyongyang aidait la junte à se doter d'un réacteur nucléaire et d'une usine d'extraction d'uranium, pour lui permettre de s'équiper d'une bombe atomique d'ici à cinq ans.
Les doutes se sont encore multipliés le mois dernier, lorsqu'à l'issue d'une visite en Birmanie, le secrétaire adjoint pour l'Asie de l'Est et le Pacifique, Kurt Campbell, a accusé la junte de violer la résolution 1874 du Conseil de sécurité de l'ONU élargissant l'embargo sur les armes contre Pyongyang.
Cette violation était liée "à une cargaison qui pourrait avoir contenu des armes de Corée du Nord vers la Birmanie", a précisé Jim Webb.
Le sénateur a admis qu'il était difficile pour l'instant d'évaluer la crédibilité du documentaire d'Al-Jazira. Mais avec ce sujet et la cargaison suspecte, Washington est confrontée selon lui à "deux questions non résolues liées à des activités très inquiétantes entre ces deux pays".
La junte n'a fait aucun commentaire jeudi.
En janvier, deux Birmans avaient été condamnés à mort pour diffusion d'informations confidentielles. Selon plusieurs sources, ils avaient été jugés coupables d'avoir organisé en 2009 la fuite d'informations sur un voyage en Corée du Nord du général Shwe Mann, numéro trois de la junte.
Jim Webb, opposé aux sanctions contre la junte, devait rencontrer l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, ainsi que des responsables du régime.
Il a réitéré jeudi sa volonté de poursuivre le dialogue, en suggérant la nomination d'un envoyé spécial américain en Birmanie. "Cependant, un dialogue productif n'aboutira que si les soupçons sur les activités de la junte avec Pyongyang sont clarifiés plus avant", a-t-il estimé.
12 février 2010 - « Nous savons qu’il y a aussi des inquiétudes grandissantes quant à la coopération militaire entre la Corée du Nord et la Birmanie, que nous prenons très au sérieux » avait déclaré Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, en juillet 2009, lors du Forum régional de l’ASEAN (Association des pays de l’Asie du Sud-Est)...
en savoir plus en cliquant ici
28 janvier 2010 - Un nouveau rapport sur les « soit-disant » intentions nucléaires de la Birmanie vient de paraître, publié par ISIS-Institute for Science and International Security,
par David Albright, Paul Brannan, Robert Kelley, et Andrea Scheel Stricker
Le régime militaire, avec son manque de transparence et ses actions répressives, complique tout effort visant à enquêter sur des soupçons de son programme nucléaire. Une priorité est de faire accepter au gouvernement militaire une plus grande transparence de ses activités.
Les achats suspects de la Birmanie, ainsi que sa coopération avec la Corée du Nord devraient inciter les fournisseurs à être plus vigilants...
•pour en savoir plus, retrouvez le rapport (en anglais) en cliquant ici
•le site web de ISIS-Institute for Science and International Security en cliquant ici
Pas de preuve de "Programme nucléaire secret en Birmanie"... 24.08.09 paru dans NTI working for a safter world Aucune preuve solide existe que le Myanmar ait l'élaboration d'un programme nucléaire secret avec l'aide de la Corée du Nord, mais les rapports de l'État sud asiatique continuent d'être une cause de préoccupation, indique une analyse publiée par l'Australian Strategic Policy Institute (voir le GSN du 18 août). et en français ici
La Birmanie bientôt une puissance nucléaire ? 01.08.09 Grâce à son allié nord-coréen, la Birmanie pourrait se doter de la bombe atomique d'ici cinq ans, affirment des dissidents. Les installations nucléaires secrètes birmanes seraient camouflées à l'intérieur d'une montagne à Naung Laing dans le nord du pays. Lire l'article
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