Aung San Suu Kyi
Le procès de 2009 (bref compte-rendu)
ce document a été réalisé par notre consoeur française Info Birmanie
Le 18 mai 2009, Aung San Suu Kyi est jugée pour avoir hébergé un homme, alors qu'elle était assignée à résidence. Elle risque cinq ans de prison.
Le 14 mai elle avait été transférée de sa résidence vers le complexe d’Insein où elle a été inculpée. Selon les autorités, un ressortissant américain, John Yettaw, a réussi à gagner à la nage la maison d’Aung San Suu Kyi, située au bord d’un lac, et y a séjourné du 3 au 5 mai, avec la complicité de l’opposante et les deux militantes qui résident avec elle. En l’hébergeant, Aung San Suu Kyi violerait les règles de son assignation à résidence. Aung San Suu Kyi clame son innocence et affirme qu’elle «n’a commis aucun crime». Elle dit avoir «eu pitié de cet homme car il avait des crampes aux jambes après avoir traversé le lac». Outre Aung San Suu Kyi, ses deux dames de compagnie, Khin Khin Win et Win Ma Ma, ainsi que John Yettaw, sont jugés le même jour.
Les avocats d’Aung San Suu Kyi ont dû se débattre quotidiennement sur la route pavée d’embûches de la justice birmane. La défense n’a pu présenter qu’un seul témoin contre quatorze pour l’accusation. Après un appel interjeté par les avocats de l'opposante, la cour territoriale de Rangoon a estimé qu'un deuxième témoin pouvait être entendu. L’équipe juridique d’Aung San Suu Kyi a axé sa défense sur les règles de loi selon lesquelles Aung San Suu Kyi était maintenue en détention depuis six années en argumentant que les charges contre elle étaient invalides. C’est dans le cadre de la même loi que les quatre accusés sont inculpés le 18 mai ; la Loi sur l'Etat d'urgence (dénommée également Loi visant à protéger l'Etat des dangers émanant des éléments subversifs). Cette loi date de 1975. Or une nouvelle constitution a été adoptée depuis - en 2008 - et rend cette loi obsolète.
Maintes fois reporté puis attendu pour le vendredi 31 juillet, le verdict du procès d'Aung San Suu Kyi sera finalement connu le 11 août 2009.
Le motif officiel du report est une nécessaire interprétation « des termes juridiques liés à la Constitution de 1974 » selon un juge de la cour birmane. La junte cherchait clairement un prétexte pour prolonger la détention de Suu Kyi. Pourtant les condamnations internationales de la mascarade de procès l’ont mise dans une situation très embarrassante. La communauté internationale a unanimement qualifié la procédure de farce et n’est pas dupe de la manœuvre des généraux. Devant la bronca inattendue et provoquée par le procès, les généraux ont semblé hésiter sur la stratégie à adopter pour écarter totalement la leader démocrate du processus politique. Elle était passible de cinq ans de prison ce qui l’exclurait du paysage politique pendant les élections que la junte entend organiser en 2010.
Le 11 août, elle écope d’abord de trois ans de prison et de travaux forcés. Le chef de la junte Than Shwe a ensuite commué la peine en 18 mois de résidence surveillée. De nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme condamnent le verdict de culpabilité prononcé à l'encontre de la dirigeante du mouvement démocratique comme reposant sur des motifs politiques. Il constitue un abus de pouvoir répréhensible de la part du gouvernement militaire de Birmanie.
Le 2 octobre 2009, l’appel déposé par les avocats d’Aung San Suu Kyi est rejeté.
Le 13 novembre 2009, les avocats d’ Aung San Suu Kyi ont fait appel devant la Cour suprême de sa condamnation à dix-huit mois supplémentaires d'assignation à résidence. Il appartient désormais à cette juridiction d'établir la recevabilité du recours déposé par les avocats, puis le cas échéant de l'examiner.