En page 4 du journal La Grande Époque _ 1 – 15 juin 2010
En Birmanie, cet été marquera la troisième année depuis que le monde a pu voir pour la première fois l’attaque féroce des forces de la junte birmane sur les moines bouddhistes du pays. Depuis 2007, les moines birmans doivent faire face à des abus permanents et une surveillance étroite par les lois militaires du pays. « Je suis observé en permanence », expliquait un moine en 2009 dans un rapport de l'association Human Rights Watch. « Je suis considéré comme un leader. Entre midi et 14 heures, je suis autorisé à sortir du monastère. Mais je suis toujours suivi. J’ai dû les semer pour venir à cette réunion aujourd’hui », ajoute le moine. « Je n’ai pas peur, pas pour moi. Je n’ai pas peur de raconter aux journalistes étrangers ce qui est arrivé. Et je suis toujours prêt dès que l’occasion se présente ».
En 2007, une dizaine de milliers de moines avaient commencé une marche de protestation contre la pauvreté en Birmanie.
Beaucoup de moines ont été battus, arrêtés et un nombre indéterminé a été tué. Beaucoup de ceux qui n'ont pas fui à l'étranger après les attaques sont encore détenus, torturés et obligés de faire des travaux forcés. Le blocage des médias par la junte a rendu difficile la prise de conscience de l’étendue des atrocités commises.
Certains moines se sont cachés, d’autres se sont enfuis de Birmanie. En mars, Reuters a annoncé que la plupart des moines qui ont trouvé asile aux Etats-Unis ont quitté la robe, forcés d'entrer en anonymes dans la vie active pour pouvoir vivre.
Toutefois, quelques moines toujours actifs sont au coeur de la révolution. Un groupe de moines seniors a formé l’Alliance de Tous les Moines Birmans (ABMA, All Burmese Monks Alliance) et deux autres moines seniors ont fondé l’Organisation Internationale des Moines Birmans (IBMO). Plusieurs organisations soutiennent les moines à l’intérieur et à l’extérieur de la Birmanie en continuant à se battre pour leurs droits fondamentaux.
Le site de l’IBMO rappelle aux lecteurs que Bouddha a donné dix règles aux rois. Ces lois incluent charité, liberté, justice, bonté et endurance. Pendant des siècles, les rois birmans ont suivi ces règles. Même après tout ce qui s’est passé dans leur pays, les moines espèrent encore et luttent pour qu’un jour les dirigeants Birmans adhèrent à nouveau à ces principes.
Le bouddhisme est la principale religion en Birmanie et sur une population de 54 millions d’habitants, l’Observatoire des Droits de l’Homme estime qu’ils sont entre 300.000 et 400.000 moines et environ 50.000 religieuses.
Les moines Birmans ont joué historiquement un rôle actif aussi bien dans la société spirituelle que laïque. Soutenus par le mécénat des rois et du peuple, les Sanghas bouddhistes (ordre des moines) étaient responsables de l’enseignement et des festivals annuels, offrant l’ordination aux jeunes novices.
« Toute autre activité communale tournait autour du monastère », selon le rapport de Human Rights Watch qui dit que la bonne volonté du Sangha était toujours recherchée par les rois et plus récemment par les leaders politiques dont le leader de l‘opposition et prix Nobel Aung San Suu Kyi.
June Kellum
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