Win Tin, un journaliste en Birmanie
En automne dernier, les Editions Michel Lafon, avec le soutien de RSF International, ont publié un livre indispensable pour comprendre ce que signifie être journaliste en Birmanie. Win Tin (Prix RSF 2006) en est l’auteur, avec la collaboration de Sophie Malibeaux, spécialiste de l’Asie et grand reporter pour Radio France International.
Intellectuel birman né en 1929, Win Tin a pratiqué le métier de journaliste malgré la censure imposée par la dictature au pouvoir depuis 1962. Au début de sa carrière, il ne s’intéresse guère à la politique. Passionné d’art, il écrit essentiellement sur le théâtre, la danse, la peinture ou la musique. Mais en 1988, lorsque les militaires répriment dans le sang la révolte populaire qui causera des milliers de morts, Win Tin s’engage aux côtés des démocrates. Dès lors, il se consacrera entièrement aux problèmes politiques de son pays.
La même année, Aung San Suu Kyi, fille du héros national Aung San, rentre au pays, au terme d’une longue période vécue à l’étranger après ses études et son mariage avec un Britannique. Sa mère est mourante, elle veut simplement rester auprès d’elle. Mais, dans la période de quasi-révolution où se trouve le pays, elle est accueillie en héroïne. En 1989, elle crée la Ligue nationale pour la démocratie et Win Tin, le journaliste, devient son assistant et son idéologue. Quelques mois plus tard, Aung San Suu Kyi est arrêtée et mise en résidence surveillée ; Win Tin, quant à lui, est condamné à une très longue peine d’emprisonnement.
Situations insupportables
Ce livre évoque avec simplicité le parcours d’un homme exceptionnel: les souffrances endurées, les tortures, la vie carcérale ; il nous rappelle que de trop nombreux journalistes sont un jour confrontés à des situations insupportables qui les obligent à trouver au plus profond d’eux-mêmes courage, convictions et abnégation. Passionné par la Birmanie depuis 35 ans, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux journalistes birmans. Tous m’ont parlé de Win Tin, «un être exceptionnel, un symbole, un exemple pour nous tous». «Lorsque j’étais moi-même en prison, me disait Moe Aye, journaliste à la DVB (Democratic Voice of Burma), une radio-télévision clandestine, je ne cessais de penser à lui. Il était mon maître. Parfois je l’entendais parler de sa cellule… Il nous incitait à pratiquer le métier une fois libérés. Le journalisme, c’est lui qui me l’a appris».
Une chemise bleue
Depuis sa libération, Win Tin vit tout près de la tristement célèbre prison d’Insein: «Au moins, s’ils m’arrêtent à nouveau, je ne serai pas loin!». Il porte en permanence une chemise bleue qui lui rappelle sa tenue carcérale. Il a néanmoins rajouté à sa boutonnière le badge rouge de la Ligue nationale pour la démocratie et prend acte, sans trop y croire, de la nouvelle politique d’ouverture prônée par le président Obama.
Win Tin, une vie de dissident, un livre à ne pas manquer.
Claude Schauli
Secrétaire général
RSF Suisse
©Article paru dans RSF.ch News_Hiver 2009-2010 cliquez ici pour trouver le site de Reporters sans frontières – Section suisse